Thématique : Que deviennent les histoires d’amour ?
Nous avons choisi, cette année, dans La Compagnie des philosophes, de parler d’amour. Parce qu’il n’y a rien de plus important ni de moins raisonnable, rien de plus vital ni de plus énigmatique.
L’amour ne peut-il s’approcher qu’à travers des histoires ? Au moyen de récits plutôt que de concepts ? Par le biais de la littérature et de la poésie plutôt que de la philosophie ?
Comment naissent, survivent ou meurent les histoires d’amour ?
Les récits d’autrefois sont-ils les mêmes que ceux d’aujourd’hui ? En quel sens ? Dans quelle mesure ? Aime-t-on de la même manière qu’autrefois ?
Voilà quelques-unes des interrogations que nous aborderons en compagnie de sept philosophes
PROGRAMME
9 H 00 - 9 H 30 OUVERTURE
par Frédéric Masquelier, Maire de Saint-Raphaël, Président d’Estérel Côte d’Azur Agglomération. Présentation par Roger-Pol Droit.
TEMPS I DE 15 H 30 À 16 H 30 : DES HISTOIRES, FORCÉMENT ? ET LEUR ÉVOLUTION SELON LE TROUBLE AMOUREUX ?
15 H 30 Francis Wolff - Pourquoi l’amour fait des histoires…
L’amour existe-t-il ? Certains en doutent. Mais ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’il existe des histoires d’amour.
Que seraient sans lui la littérature ou le cinéma ? Vécu ou rêvé, heureux ou malheureux, l’amour ça se raconte. Pourquoi, plus que toute autre relation humaine, se prête-t-il si bien à la mise en récit, à ses péripéties, son imprévisibilité, ses incertitudes ?
C’est d’abord qu’il met en présence deux âmes a priori étrangères l’une à l’autre (Tu quitteras ton père et ta mère) et que, même partagé, il est rarement symétrique. D’un même amour, chacun vit donc sa propre histoire. Mais c’est surtout qu’il ne cesse de se transformer, parce qu’il est le fruit de la fusion instable d’ingrédients hétérogènes : désir, amitié, passion… C’est donc toujours une autre histoire.
15 H 50 Frédérique Ildefonse - Devenirs de l’amour
« Que deviennent les histoires d’amour ? » peut s’entendre de deux manières.
Comme « que deviens-tu ? », ce peut être une manière de prendre de leurs nouvelles.
On peut comprendre aussi qu’il est question de s’interroger sur le devenir dans lequel elles sont prises. Restent-elles dans l’amour, bifurquent-elles dans l’oubli ou deviennent-elles, par exemple, des histoires d’amitié ?
Il y a certainement plusieurs devenirs aux histoires d’amour et c’est à cette pluralité de devenirs qu’on essaiera de réfléchir. Cette pluralité de devenirs a certainement à voir avec le devenir du trouble amoureux. Si les histoires d’amour à un certain moment s’arrêtent ou finissent, est-ce que parce que le trouble amoureux disparaît ? Et si elles se poursuivent, est-ce parce qu’il se conserve ?
16 H 10 Débat
TEMPS II DE 16 H 30 À 17 H 30 : MUTATIONS DE L'AMOUR, MUTATIONS DE LA PHILOSOPHIE ?
16 H 30 Sophie Galabru - L’amour après
L’amour peut-il disparaître ? Que reste-t-il de l’amour, passé la rupture, qu’elle soit provoquée ou subie?
En réfléchissant à ce que Merleau-Ponty nommait « l’amour vrai » et « l’amour faux » (La Phénoménologie de la perception), nous essaierons de comprendre comment nos liens se font et se défont : métamorphoses du moi, mystification de l’autre, désynchronisation des rythmes sont autant de modalités de l’arrêt d’une histoire.
Mais, au-delà de la séparation, nous verrons comment ces liens résonnent encore, bien au-delà du dernier instant.
16 H 50 Vincent Delecroix - Le philosophe amoureux
Il n’y a pas d’amour sans une intrigue minimale ; il n’y a pas d’amour qui ne soit pris dans une histoire. Délaissant alors l’immense concept d’amour et le rôle éminent qu’il a pu jouer pour la philosophie depuis Platon, il faudrait que le regard du philosophe se porte sur un terrain où l’amour n’est pas un concept mais une histoire : l’existence.
Seule une philosophie de l’existence pourrait saisir l’amour dans son histoire. Et il faudrait peut-être que ce regard fût lui-même amoureux. Il faudrait que ce philosophe ait lui-même connu l’amour et qu’il parle au nom de cet amour et à partir de son histoire, aussi malheureuse fût-elle.
Alors il ne parlerait peut-être pas seulement en philosophe des histoires d’amour, ce qui serait déjà nouveau ; il ferait de l’histoire d’amour le coeur de sa philosophie, parce qu’elle-même constitue la trame de l’existence. Et à la fin, il serait à même de regarder non seulement l’existence individuelle, mais l’histoire humaine non pas comme une histoire d’amour, mais comme une histoire de l’Amour.
Un philosophe qui ferait tout cela s’appellerait Kierkegaard.
17 H 10 Débat
TEMPS III DE 17H30 À 18H30 : HISTOIRES ÉTERNELLES OU CHANGEANTES ?
17 H 30 Christian Godin - Les histoires d’amour fou sont-elles encore possibles ?
Adapté d’un roman de Georges du Maurier, Peter Ibbetson est un film tourné en 1935 dans lequel les surréalistes ont reconnu une représentation parfaite de « l’amour fou », un paroxysme de l’amour romantique.
La question se pose de savoir si, à une époque qui se méfie de la passion amoureuse, et même du sentiment amoureux comme une entrave à la liberté personnelle, et dans une société gagnée par la culture pornographique qui réduit l’amour au sexe et le sexe à une marchandise, une histoire semblable à celle imaginée par Georges du Maurier et mise en scène par Henry Hathaway pourrait encore être représentée sans faire sourire.
17 H 50 Olivia Gazalé - Amour et désamour
À l’état naissant, l’amour est toujours absolu, inconditionnel et infini, il aspire toujours à l’immortalité.
Mais combien de temps peut durer cet éblouissement hypnotique et délicieux des débuts ? Le désamour n’est-il pas inéluctable ?
La réflexion commencera par examiner les théories pessimistes des grands démystificateurs de l’amour que sont Stendhal et Sartre, puis elle questionnera la durabilité de l’amour en s’appuyant sur la vision optimiste et joyeuse de Spinoza et sur la magnifique histoire d’amour vécue par le penseur André Gorz et son épouse Dorine, qui, après 60 ans de vie commune, se suicidèrent ensemble pour ne jamais avoir à se séparer.
18 H 10 Débat
18 H 50 Signatures
TEMPS IV À 18 H 59 : DÉBAT GÉNÉRAL
18 H 59 Aime-t-on comme avant ?
Boris Cyrulnik présente son nouveau livre « Quand on tombe amoureux, on se relève attaché », qui vient de paraître (Odile Jacob, mars 2025). Il y met en lumière l’évolution récente des relations entre amour et attachement et les mutations actuellement en cours. Analyse avec la participation de Vincent Delecroix, Frédérique Ildefonse, Sophie Galabru, Olivia Gazalé, Christian Godin et Francis Wolff.
Signatures
LES INTERVENANTS
Francis Wolff est professeur émérite de philosophie à l’École normale supérieure. Il a aussi été professeur aux universités de São Paulo (Brésil), de Reims et de Paris- Nanterre. Connu pour ses travaux sur la pensée ancienne, il construit depuis une trentaine d’années une oeuvre personnelle qui s’efforce de cerner les universaux anthropologiques : dans l’histoire des savoirs (Notre humanité, d’Aristote aux neurosciences), l’imaginaire contemporain (Trois utopies contemporaines ; La vie a-t-elle une valeur ?), le langage (Dire le monde), la morale (Plaidoyer pour l’universel), les arts (Pourquoi la musique ?), la métaphysique (Le Temps du monde) ou l’existence quotidienne (Il n’y a pas d’amour parfait). Son itinéraire familial et ses recherches sont synthétisés dans Le monde à la première personne, Entretiens avec André Comte-Sponville.
Frédérique Ildefonse est directrice de recherche au CNRS et travaille principalement sur l’Antiquité grecque, entre philosophie et anthropologie. Elle a publié Le multiple dans l’âme. Sur l’intériorité comme problème (Vrin, 2022), Il y a des dieux (PUF, 2012), Les Stoïciens I. Zénon, Cléanthe, Chrysippe (Les Belles Lettres, 2000) et La naissance de la grammaire dans l’Antiquité grecque (Vrin, 1997). Elle a traduit le Protagoras de Platon (GF-Flammarion, 1997), les Dialogues Pythiques de Plutarque (GF-Flammarion, 2006) et, avec J. Lallot, les Catégories d’Aristote (Seuil, 2002). Elle a codirigé, avec G. Aubry, Le moi et l’intériorité (Vrin, 2008), avec C. Darbo-Peschanski, L’acte fou (Classiques Garnier, 2017), avec C. Brunet et S. Laugier, Variations Claude Imbert (T&P Publishing, 2019).
Sophie Galabru, agrégée et docteur de philosophie, est l’auteur de plusieurs essais philosophiques. En janvier dernier, elle publie Nos dernières fois. Défier la nostalgie (Allary Éditions), un récit intime et philosophique sur le temps qui passe, la nostalgie, l’irréversible menant une réflexion sur ces instants cruciaux où la vie paraît s’arrêter, sinon changer pour toujours. Elle a publié : Le temps à l’œuvre. Sur la pensée d’Emmanuel Levinas (Hermann, 2021), Le visage de nos colères (Flammarion, 2022/Poche, 2023), Faire famille (Allary, 2023/Poche, 2025), Nos dernières fois. Défier la nostalgie (Allary, 2025).
Vincent Delecroix est philosophe et romancier, directeur d’études en philosophie de la religion à l’École Pratique des Hautes Études. Spécialiste de la philosophie de Kierkegaard, il a reçu en 2007 le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre littéraire. Derniers ouvrages parus : Consolation philosophique (Rivages, 2020) ; Leur enfance (Rivages, 2022) ; Naufrage (Roman, Gallimard, 2024).
Christian Godin est agrégé et docteur de philosophie. Il a enseigné dans différents lycées puis à l’université de Clermont-Ferrand. Il est depuis une quinzaine d’années rédacteur en chef de la revue Cités, publiée par les PUF. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages parmi lesquels : La Totalité (Prologue et 6 volumes, Seyssel, Champ Vallon, 1997-2003) ; La Fin de l’humanité (Seyssel, Champ Vallon, 2003) ; Ce que sont devenus les péchés capitaux (Paris, Les Éditions du Cerf, 2018).
Dernier ouvrage paru : Victor Hugo et la Commune (Cézeyrieu, Champ Vallon, 2024). Il est également l’auteur de La Philosophie pour les Nuls (Paris, First Éditions, 2006).
Ouvrages à paraître : L’Histoire en phase terminale (Paris, Puf) et Le Mythe du patriarcat et la condition féminine (Paris, Kimé).
Olivia Gazalé a enseigné la philosophie pendant 25 ans, notamment à l’Institut d’études Politiques Paris et aux Mardis de la Philo, dont elle est la Cofondatrice et l’ex-Présidente. Après avoir collaboré à Philosophie Magazine et contribué à une dizaine d’ouvrages collectifs, elle a publié Je t’aime à la Philo, Quand les philosophes parlent d’amour et de sexe (Robert Laffont, 2012, Le Livre de poche, 2013), Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes (Robert Laffont, 2017, Pocket Agora, 2019) et Le paradoxe du rire, et si ce n’était pas toujours drôle ? (Seghers, 2024, Pocket Agora, 2025). En 2018, elle a participé à l’élaboration de l’exposition « Amour » du Louvre Lens et contribué au catalogue Amour, une histoire des manières d’aimer, dir. Zeev Gourarier, Lienart, 2018.
Boris Cyrulnik est neurologue, psychiatre, psychanalyste et éthologue. Avec 200 publications scientifiques et près de 40 livres publiés, il est l’un des auteurs spécialisés les plus influents en France. Il est notamment reconnu pour avoir popularisé la psychanalyse en France et exploré le concept de résilience, de?fini comme la capacité à surmonter les traumatismes. Membre de plusieurs sociétés savantes nationales et internationales, il a également pris part à diverses commissions ministérielles sur la famille, la parentalité ou encore la fin de vie. Son dernier ouvrage, Quand on tombe amoureux, on se relève attache? (Odile Jacob, 2025) analyse les liens complexes entre amour et attachement et le rôle des relations affectives dans notre habilité à nous reconstruire après une épreuve.
Informations pratiques
> Gratuit sur réservation à l’accueil du Centre Culturel : 04 98 11 89 00 -
billetterie@ville-saintraphael.fr